Quand l’enfance s’éloigne pour laisser place à l’adolescence et que tu es maman d’une (future ex-petite) fille, en général il faut s’accrocher.

Ce p’tit monde, il faut bien l’avouer, commence à devenir, comment dire, un peu opaque ?

On t’avait bien prévenu pourtant qu’avec l’entrée en 6ème allait arriver une indépendance grandissante. Je dois dire qu’avec Miss n°1 qui va fêter ses 13 ans le 28 mars, tout cela s’opère progressivement.

Point vraiment d’insolence marquée, pour le moment, ni de féroce rébellion (je touche du bois pour que cela ne nous tombe pas dessus d’un seul coup – arg j’aurais parlé trop vite !).

Juste un constat que je voulais partager avec vous : ce monde est vraiment paradoxal et tellement touchant à la fois.

Tiens, l’année dernière, à son entrée en 6ème, la Miss s’était créé, à notre insu, un compte Instagram.

Instagram et les ados tout un poème. Déjà, le compte, est hyper ultra codifié avec comme entrée en matière la bio de l’ado. 

Pas compliquée (juste codifiée) : Prénom, collège et BFF entrecoupé de coeurs, et symboles du monde des bisounours en tous genres (petit panda ou petit chat si tu surnommes ta BFF (ah pardon BFF : Best Friend Forever -notez bien le Forever-) petit panda, petit chat etc…).

Premier paradoxe temporel, la BFF peut changer d’une année à l’autre (voire en cours d’année). Eh oui, l’adolescent a une notion du temps qui lui est particulière.

Second paradoxe : la principale activité de l’ado sur Instagram n’est pas de poster des photos (quelques unes quand même avec la BFF via Snapchat où l’icône du petit panda prend tout son sens !), mais de tchatter via MP.

Forcément pas très philosophiques les conversations… elles se limitent souvent à :

« TFK ? (: tu fais quoi ?) -> Rien »

ou alors

« Qui a fini son DM de Maths ? -> photos du DM -> Ok merci »

Voilà, voilà de la grande conversation en fait.

Vous l’aurez compris le compte Instagram de l’ado, finalement, est le reflet direct de la difficulté à quitter l’enfance.

Côté quotidien, avec un ado, tu oscilles entre les gros câlins (ouf encore) et un compte rendu de sa journée, lui aussi très opaque :

« Comment s’est passée ta journée ? Ouais, ouais ça va… »

ou scénario catastrophe, entre notes bof bof ou dispute avec la BFF.

Tu balances aussi entre des moments d’absence verbale et un « Han, là je meurs, je ne trouve plus mon portable », la valse des émotions (brèves) est belle et bien là.

Je vous confie le dernier paradoxe en date. Celui qui m’a tellement touchée et fait sourire, celui qui m’a donné envie de coucher quelques mots ici sur ce sujet :

Samedi dernier sonnait le départ d’un voyage scolaire pour toutes les classe de 5ème du collège.

Arrive la frénésie, des retrouvailles de ce samedi matin sur un trottoir parisien. Une bonne centaine d’élèves attroupés, quelques pleurs, de l’excitation surtout.

Et puis, tous ces petits groupes de BFF, filles et garçons (surtout filles pour les BFF) rassemblés là par affinités. Petites demoiselles prêtes à devenir grandes, ayant revêtu, là aussi, une tenue d’ado hyper codifiée, un peu apprêtées pour l’occasion (mais pas trop 22 heures dans un autocar, il faut être à l’aise tout de même).

Echanges sur le contenu des valises et sacs à dos, sur le pique nique du midi et puis émerge d’un sac à dos un couple de girafes :

« Tiens j’ai pris mes doudous. Je vous présente Ginette et (zut un bruit de circulation m’empêche d’entre le nom du Monsieur girafe, mais pour rien au monde je ne raterai la suite de l’échange). Et puis j’ai mis un lien, comme ça ils peuvent rester autour de mon cou et je ne les perds pas » (pas de psycho de bas étages : lien -> lien avec l’enfance -> dur de couper le cordon, tout ça, tout ça !)…

« Oh fais voir ils sont trop choux »

Surgissent alors d’autres doudous d’autres sacs et je fonds d’attendrissement…

« Han, là je meurs » !!!